« Quand nous étions jeunes, nous pratiquions, le Judo,
le Karate, le Kendo… Aujoud’hui, les jeunes préfèrent « Nitendo », boutade proférée par Shihan Fumio Demura.
Cela pourrait traduire une inquiétude : celle de voir nos jeunes s’écarter des activités traditionnelles au profit des loisirs de consommation plus aisée. Soyons rassurés, il n’en ait rien. Au sein du Shoshin Dojo de Rennes, nous avons effectué une étude sur les enfants de 6 à 10 ans et le Karate, dont voici le résultat :
Les trois clubs d’Ille et Vilaine (35), Shoshin Dojo Rennes, Shoshin Ryu Thorigné Fouillard, et Shoshin Sho de Dingé, accueillent 74 pratiquants de moins de 10 ans. Pourquoi ce choix sportif ? Qu’en attendent-ils ? Comment orienter ma « politique » éducative en fonction de ces attentes et de nos objectifs sportif ? Telles sont les questions de l’étude posées aux jeunes pratiquants, à leurs parents et aux autres enseignants.
La première question posée par Shihan Fumio Demura, était celle de la motivation de ces jeunes pratiquants à l’heure de la prépondérance de l’audiovisuel et des jeux vidéo. Le Karate est -il le choix des parents ou celui de l’enfant. Combien d’enfants suivent des cours de piano ou de cours de danse, simplement parce que les parents n’avaient pas eu « la chance d’en faire » ?
Sur les questionnaires remplis par les parents :
– 24 affirment que la pratique du Karate est un choix de l’enfant.
– 14 déclarent que ce choix a été fait sur leur incitation.
– 2 qu’il résulte d’un désir commun.
En conclusion, sans négliger l’information aux adultes, notre effort de promotion du Karate doit être orienté vers les jeunes eux-mêmes.
De plus, 9 enfants sont venus au club par l’intermédiaire du C.A.T.E. (contrat de l’aménagement du temps libre de l’enfant) dans lequel j’ai réalisé des formations à l’initiation au Karate, 6 ont été incités par des amis. Les autres sources d’information sont : la presse (10), la publicité (5), l’information municipale (4), l’école (1).
A la lecture de ces chiffres, l’effort de la médiatisation du Karate et du club doit être maintenu, la presse et la publicité ayant joué un rôle pour presque 40¨des parents questionnés.
Autre résultat cité par 6 personnes : la proximité du club, elle permet, en effet, à un jeune pratiquant de venir au club de matière autonome. Notre information doit être plus importante sur les lieux d’implantation des sections.
Les prix pratiqués au Shoshin Dojo, de très loin inférieurs à ceux d’autres clubs de pratique martiale, je pensais que cela était un facteur déterminant de nombreuses adhésions. En réalité, cet élément n’est cité que 3 fois. Ce qui signifie pas que la politique tarifaire basse ne sera pas poursuivie.
Après avoir analyser les raisons qui ont conduit nos jeunes au Shoshin Dojo, il m’importe surtout de savoir ce qu’ils espéraient y trouver.
A une époque où Bruce Lee, Van Dam ou Karate Kid font les beaux des salles de cinéma ou des écrans de télévision, une seule personne attend de la pratique du Karate, l’acquisition d’une méthode de self défense.
A contrario :
– (15) parlent d’une maîtrise de soi .
– (12) de confiance en soi et d’assurance.
C’est la motivation essentielle des parents confiant leur enfant au club.
– (7) L’épanouissement et la sérénité, ceci est assurément une réponse à un mode de vie social et scolaire qui laisse un peu de champ libre à l’individu qui doit constamment répondre à des sollicitations de type collectif.
Le club apparaît donc comme un lieu privilégié de travail pour soi :
– (7) Rigueur et concentration sont également cités.
– (5) La discipline.
– (1) Le respect des autres.
Cela ne saurait réduire le Karate à une activité « Psycho philosophique ».
– (7) Il est aussi mais pas avant tout, une pratique sportive à travers laquelle on espère acquérir une plus grande concentration.
– (6) Une bonne maîtrise corporelle.
Qu’en est-il après quelques mois de pratique ?
Sur (40) enfants concernés par le questionnaire retourné, (14) pratiquent depuis 4 mois, (9) depuis un an et (17) depuis plus d’un an.
A la question « la pratique du Karate a-t-elle entraîné chez votre enfant des changements notoires ? »
– (16) répondent non ou pas encore (il s’agit des enfants les plus jeunes pratiquants) notez que la réponse « pas encore » traduit une très forte attente.
– (10) Plus discipliné apparaît pour les pratiquants plus « anciens ».
– (5) A une plus grande confiance en soi.
– (1) A un meilleur contrôle émotionnel.
– (3) Une plus grande aisance physique.
– (1) De meilleurs résultats scolaire.
L’effet comportemental qui constituait l’attente essentielle au moment de l’adhésion au club, semble donc bien réel après quelques mois de pratique.
Certes, un meilleur contrôle de l’émotivité, une plus grande discipline, sont des atouts à l’occasion des évolutions scolaires et cet aspect ne saurait être négligé.
Mais des sociologues de l’éducation, comme Bourdieu Passeron, ont suffisamment démontré les mécanismes de reproduction sociale du système occidental, pour qu’il apparaisse clairement que l’élève « seul » n’a pas toutes les données pour répondre aux critères d’excellence de l’école. Néanmoins, dans le contexte de « compétitivité scolaire » la pratique d’une discipline martiale, ne peut être qu’encouragé au regard du travail sur soi qu’il nécessite.
Pour ce qui du lien école et Dojo, trop de parents opèrent un chantage en faisant de la fréquentation du club une bonne récompense à de bons résultats : Cette pratique a ses limites et il ne faut pas hésiter à mettre en garde les parents à trop associer ces deux pôles de la vie de l’enfant, on finit par les fondre et le Dojo ne demeure plus le lieu de travail
personnel qu’il doit être, mais devient un élément annexe de l’école, auquel on se rendra ou pas, des notes bonnes ou mauvaises. J’ai dernièrement une maman dire : « Mon fils ne fréquentera plus le Dojo. Tant qu’il n’aurait pas 13 de moyenne ». Le vrai risque est qu’il n’ait jamais 13, abandonne le Karate de surcroît malgré ce que cette activité peut lui apporter de positif. Il est vrai, par contre que ce genre de chantage, n’est rendu possible que par l’importance que prend le Karate dans la vie de l’enfant :
– (32) parents considèrent que le club occupe une place prépondérante.
– (4) ayant une opinion contraire.
– (4) ne se prononcent pas.
Les relations entre le « prof » de Karate et les jeunes :
– (23) sont bonnes.
– (5) excellentes.
– (2) administratives.
– (3) respectueuses.
– (3) mêlés de crainte. pour ces 3 jeunes pratiquants, il semble que le distinguo « Karate – école » n’est pas établi et que le Dojo est un lieu où on est évalué, en bien ou en mal.
Il faut objectivement admettre que l’évaluation existe, et que si elle n’est pas matérialisée par des notes chiffrées, mais par le port d’une ceinture suivante…
C’est la conséquence de notre mode de fonctionnement occidental, puisque, non contents d’avoir mis en place des couleurs intermédiaires à l’instar des japonais qui se contentent du blanc, du marron et du noir, nous avons assorti chaque couleur de barrettes.
La difficulté pédagogique réelle est de faire admettre à chaque enfant que l’important n’est pas d’obtenir rapidement la ceinture suivante, mais qu’au contraire, obtenir une nouvelle ceinture implique d’en être digne et entraîne des devoirs moraux et techniques, ce que les adultes assimilent très vite.
Après avoir analysé les relations de nos jeunes pratiquants avec le club, il importerait de savoir quelles perceptions leurs parents avaient sur le club Shoshin Dojo, quels étaient leurs souhaits, leurs sources de satisfaction ou de mécontentement, à noter que sur les 40 parents ayant répondu au questionnaire (9) pratiquent ou ont pratiqué un sport de combat.
Les valeurs essentielles qu’ils reconnaissent au Shoshin Dojo et qu’il appartient de maintenir ou développer sont les suivantes :
– (7) le sérieux,
– (6) la discipline,
– (6) la compétence,
– (2) la disponibilité,
– (2) la simplicité, le suivi et l’organisation.
Une proposition issue des questionnaire est une manifestation à l’occasion de laquelle les jeunes présentent à leurs parents ce qu’ils ont appris et qui serait aussi l’occasion d’un rencontre entre responsables techniques et parents (14 parents).
Autres demandes formulées, des cours le mercredi pendant les petites vacances. Une réponse positive varie en fonction du club d’une part et du temps occupation des salles, d’autre part, liés à des contraintes municipales.
Pour ce qui est des compétitions, si les parents les considèrent comme motivantes pour les enfants, ils dénoncent la fatigue excessive qu’engendre un déplacement à Paris au regard du temps de compétition sur place. Ce débat doit être engagé au niveau National enfin de joindre un stage qui précédera la compétition.
Après avoir entendu les parents, il importait de savoir quel regard les enseignants portaient sur leurs interventions auprès de jeunes pratiquants. Comment les intervenants profs analysent-ils le Karate de 6 à 10 ans ? Cela devra faire l’objet d’une nouvelle étude.
