Karate technique Kata

Un Kata en Karate « forme ») est – comme les Kata dans d’autres arts martiaux japonais – un enchaînement de techniques codifié qui simule un combat stylisé contre des adversaires imaginaires. Le Kata constitue un répertoire de techniques, dont le pratiquant doit trouver les applications possibles à travers l’exercice du Bunkaï (interprétation), pour ensuite les utiliser lors du Kumite (combat). Il existe en Karate des dizaines de Kata, dont le contenu et les détails d’exécution varient en fonction des styles des différentes écoles de Karate. Le Kata est également une épreuve sportive, pratiquée en individuel ou par équipe lors de compétitions d’envergure nationale ou internationale. En 2020, le Kata fait son entrée en tant que sport olympique aux côtés du Kumite avec l’admission du Karate aux jeux olympiques.

Étymologie

Le mot Kata provient du japonais, Kata, signifiant « forme, modèle, type, moule, loi ». L’idéogramme se prononce lui aussi Kata et signifie également « forme », mais désigne plutôt une technique individuelle que l’ensemble d’un enchaînement.

Histoire

Origines Okinawaïennes (XIXe siècle)

Le Karate trouve ses origines dans l’île d’Okinawa, alors dans le royaume de Ryukyu (1429 – 1879), vassalisé par l’Empire chinois, où il naît par l’influence des arts martiaux chinois[1]. Les Kata de Karate eux-mêmes ont vraisemblablement été importés de Chine au XIXe siècle, grâce aux voyages effectués par des combattants Okinawaïens partis se former sur le continent chinois. À l’époque, les Kata se transmettent en secret de maître à disciple, et constituent avant tout un répertoire de techniques à visée mortelle.

C’est en 1901 que le maître Anko Itosu, par ailleurs personnage politique, fait introduire le Karate comme « matière obligatoire » dans les programmes scolaires des écoles d’Okinawa. Les Kata anciens sont alors jugés trop complexes et dangereux pour les collégiens, et Itosu crée en 1905 les Kata Pinan, versions simplifiées des Kata traditionnels, pour en faciliter l’apprentissage. Les cinq Pinan dérivent notamment de deux Kata plus anciens : Kushanku et Chiang Nan. Itosu décompose également le long Kata Naihanchi appelé Tekki au Japon, en trois formes distinctes : Naihanchi Shodan, Naihanchi Nidan et Naihanchi Sandan.

L’une des différences majeures des Pinan avec leurs ancêtres est le choix de fermer les poings des techniques qui s’effectuaient auparavant mains ouvertes : ainsi, les écoliers se blessent moins, le poing fermé étant moins dangereux. Les Kata se transforment à cette époque en un véritable outil pédagogique d’éducation physique et sportive.

« Japonisation » (1879-1940)

Avec l’annexion par le Japon du royaume de Ryukyu (auquel appartenait Okinawa) en 1879, les Kata sont peu à peu « japonisés », comme le Karate dans son ensemble.

En effet, au début du XXe siècle, la Dai Nippon Butokukai (Association pour les Arts Martiaux du Grand Japon) encourage les maîtres du Karate d’Okinawa à diffuser leur art dans le reste du Japon. Pour ce faire, les Okinawaïens entreprennent de « japoniser » de nombreux mots du vocabulaire du Karate, dont la consonance est jugée trop proche du chinois ou du coréen (peuples qui à l’époque sont des ennemis politiques et culturels). Il en résulte un changement de nom pour de nombreux Kata : les Kata Pinan deviennent Heian, les Kata Naihanchi deviennent Tekki, Kushanku devient Kanku, etc.

C’est le maître Gichin Funakoshi qui, dans les années 1920 puis 1930, devient le principal ambassadeur du Karate d’Okinawa au Japon. En 1936, il renomme les Pinan en Heian et les retravaille, inversant notamment l’ordre du premier et deuxième Pinan.

Diffusion internationale (1930 à nos jours)

Avec sa diffusion hors des frontières japonaises au fil du XXe siècle, le Karate atteint en 2011 les 50 millions de pratiquants à travers le monde, soit autant de personnes initiées à la pratique du Kata. Kanazawa note qu’au fil du temps, le Kata a gagné en popularité, s’éloignant parfois de son but premier pour devenir une manière de mettre en scène des enchaînements acrobatiques, dans une logique de « sport spectacle ». Le Kata de compétition a également pu encourager les Karateka à pratiquer quasi-exclusivement leur Tokui Kata.

Déroulement d’un Kata

Rituel

Un Kata commence et se termine toujours par le rei, salut traditionnel japonais, qui s’effectue en position Mosubi Dachi (talons joints, pieds écartés à 45°). Après le salut, le Karateka adopte un Yoï (posture d’attente) en posture Shizentaï : on est debout, les bras le long du corps et les poings serrés devant les hanches, et les pieds sont en position Hachiji Dachi (position naturelle, debout). Cette position revient également à la fin du Kata, avant le salut final. Certains Kata ont un Yoï différent, avec une position spécifique pour les jambes et les bras. Il est cependant toujours précédé d’un Shizentaï.

Enchaînement

Entre les deux Yoï, le Karateka exécute le Kata en lui-même. Il enchaîne alors les techniques et postures de manière rythmée, suivant le schéma de déplacement propre au Kata (l’Embusen) et tâchant d’incarner physiquement le combat fictif qu’il est censé représenter. Tout Kata est marqué par des Kiaï, cris puissants accompagnant certaines techniques-clés, généralement au nombre de deux. Selon la nature du Kata, différents aspects seront travaillés : dynamisme et vitesse, puissance, dimension respiratoire. Les Kata complexes mêlent généralement plusieurs de ces dimensions.

Objectifs martiaux

La pratique du Kata a pour but de constituer un répertoire de techniques, dont le pratiquant doit analyser les applications possibles à travers l’exercice du Bunkaï (interprétation), pour ensuite les utiliser lors du Kumite (combat). En tant qu’exercice solitaire et répétitif, le Kata permet la mémorisation et l’automatisation des techniques de Karate : les postures, attaques, blocages et déplacements sont pratiqués au calme, de manière plus appliquée que pendant un combat. Ainsi, le pratiquant est censé répéter inlassablement ses Kata jusqu’à atteindre la perfection technique. Cette idée est résumée par le 18e principe de Gichin Funakoshi:

« Recherchez la perfection en Kata ; le combat réel est une autre affaire. »

Mais la pratique du Kata poursuit également d’autres objectifs, par exemple le renforcement musculaire ou la recherche de la vitalité physique. Le travail de respiration est également central dans la pratique des Kata, permettant selon Hirokazu Kanazawa de soutenir « mouvement, conscience et puissance ». Par ailleurs le Kata est considéré comme un travail introspectif, permettant au Karateka de renforcer une certaine discipline intérieure, et de travailler au maintien d’un niveau élevé de « Ki » (souffle, énergie) indispensable à un bon combattant.

Transmission

Le Kata est l’outil de transmission du Karate par excellence. Sa forme étant figée, elle traverse le temps et se transmet de génération en génération, jusqu’à constituer un langage commun pour tous ses pratiquants. En tant qu’outil pédagogique, les Kata permettent de transmettre non seulement les techniques, mais aussi les valeurs du Karate : concentration, assiduité, quête de perfection, contrôle de soi..

Philosophie

De nombreux maîtres du Karate soulignent la qualité spirituelle de la pratique du Kata. Pour Hirokazu Kanazawa, le Kata est une confrontation avec soi-même, un exercice introspectif qui permet de révéler la personnalité de celui ou celle qui l’exécute :

« Exécuter les Kata avec sincérité est un défi posé au Soi en même temps qu’un combat avec le Soi. [..] ce combat avec soi-même se trouve être une condition sinequanone de l’entraînement spirituel, qui, à mon sens, constitue l’essence même des arts martiaux. […] À l’image de la feuille blanche du calligraphe, le pratiquant d’arts martiaux va utiliser son corps pour exprimer et mettre en mouvement tout ce qu’il a à offrir à son environnement, révélant ainsi sa propre philosophie de vie et sa personnalité. »

Le Kata est également lié à la notion spirituelle de Ki, une énergie que le pratiquant doit maintenir à un haut niveau au fil de l’exécution des techniques.

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