Karate technique le Kime

Kime ou le puzzle d’une pratique efficace

Kime est l’un des mots les plus souvent utilisés et mal compris dans le Karate Do. La plupart du temps il sert à décrire des techniques exécutées avec rapidité et force, mais en réalité, il est bien plus que ça.

En japonais, « Kime » est la forme nominale du verbe « Kimeru » ce qui signifie « décider ». Dans les arts martiaux, nous pourrions interpréter cela comme « décision » ou une manière décisive à exécuter nos techniques.

Mais il ne faut pas confondre Kime et pure force physique. Malheureusement, on voit encore des karateka de niveau «avancé» pratiquer en utilisant uniquement de la puissance musculaire, une respiration bruyante et exagérée et d’autres « effets spéciaux » comme taper du pied, claquer le gi ou le regard féroce. Ces accessoires sont là pour masquer une pratique peu efficace.

En effet, il est difficile de comprendre et capter tous les morceaux du puzzle qui construisent le Kime. C’est comme une recette avec beaucoup d’ingrédients – tous d’une importance égale. On trouve parmi eux: la concentration + le timing + l’explosivité + la respiration + la force + Hikite.

Concentration

En utilisant tous vos sens, essayez de percevoir les moindres changements dans votre environnement. Ne vous concentrez pas sur la zone que vous attaquez et ne regardez pas le membre d’où vous attendez l’attaque. Regardez « vers » votre adversaire pour capter sa silhouette dans son ensemble et voir tous ses mouvements. La concentration donne un mental en alerte – dans un état détendu mais d’un esprit conscient – ce qui est l’un des ingrédients les plus importants.

Timing

Après l’observation vient l’analyse – il faut choisir le bon moment pour attaquer. En examinant l’attitude, la posture et l’état d’esprit de notre adversaire, on peut trouver la brèche. Une réaction rapide requiert la préparation et la concentration – le corps et l’esprit sont également sollicités. Dans le Karate Do nous avons deux types de réactions à une attaque: « sen no sen » et « go no sen ». Sen no sen signifie que vous réagissez à l’attaque de votre adversaire en l’interceptant pour placer votre propre technique avant qu’il n’ait pu terminer. Dans le Shito Ryu Karate Di, le principe de « Hangeki » démontre parfaitement le « sen no sen ». Go no sen signifie que vous choisissez de laisser votre adversaire exécuter pleinement sa technique, la bloquer, puis contre-attaquer avant qu’il ait pu lancer une autre.

Explosivité

Afin que nos techniques soient tranchantes et pénétrantes, l’accélération et la vitesse doivent être améliorées. Pour y parvenir, le corps doit être détendu et correctement aligné pour permettre une rapide initiation de mouvement et un transfert de force efficace à travers les articulations. Au début de notre pratique, pendant la « phase d’acquisition », c’est parfaitement normal si l’on trouve trop complexe de pouvoir se concentrer sur tous les aspects. Mais après avoir correctement assimilé la base, à travers des exercices spécifiques et ciblés et avec de l’expérience, nous quittons peu à peu l’état d’un bélier médiéval pour ressembler plus à un fouet. Les techniques ne sont plus « poussées » – elles se transforment en de nets et rapides mouvements. Réussir cela n’est qu’une question de contraction et relâchement au bon moment. Les débutants ont tendance à garder la tension musculaire pendant trop longtemps, ce qui rend leurs mouvements raides et robotiques. Lors d’un blocage ou un coup de poing, les articulations sont momentanément verrouillées et les muscles se contractent pendant un court instant. Après l’impact, la tension doit être relâchée immédiatement. Cependant, se détendre ne signifie pas perdre la vigilance.

Respiration

Dans le Karate Do nous utilisons deux types de respirations: le souffle court, qui expulse l’air rapidement (caractéristique de Shuri-te kata) et une expiration plus soutenue où l’air est compressé lentement (observée dans Naha-te kata). Les deux phases de la respiration – l’inspiration par le nez et l’expiration à travers la bouche légèrement ouverte – doit être maîtrisées, avec le haut du corps détendu. Ne soufflez pas en gonflant les joues comme si vous souffliez une bougie – l’air doit être expulsé comme d’une pompe en contractant les muscles de l’abdomen. Terminez le souffle et de la technique en même temps. Relâchez la tension immédiatement après l’effort pour vous préparer à la technique suivante. Cette respiration diaphragmatique contribue au développement des muscles fonctionnels et renforce la sangle abdominale. Le centre du corps est compact mais le haut du corps reste flexible contrairement à la « respiration thoracique » où le thorax et les épaules ne sont pas libres car ils sont engagés dans les mouvements de la respiration.

Force

Par définition la force vient de la contraction des différents groupes musculaires. Mais pour la véritable force, nous avons besoin de la puissance des muscles, de la fermeté de la sangle abdominale et de la stabilité. Pour une bonne stabilité nos positions doivent être encrées au sol, correctement alignées avec le centre de gravité contrôlé et déplacé en fonction de la situation. Pourquoi l’alignement est-il important? Dans une bonne posture la force générée passe efficacement à travers les axes des articulations, prévenant ainsi les blessures. La partie la plus importante du corps dans les arts martiaux, c’est le centre: la sangle abdominale et le bassin – les obliques, l’abdomen, les lombaires et les hanches. Avec des exercices spécifiques et la respiration diaphragmatique, le centre et le bassin doivent être fortifiés pour qu’ils soient solides mais flexibles car c’est la « source d’énergie » du corps, le point de départ de toutes nos techniques. Une sangle abdominale faible aura un effet négatif sur la vitesse, la force, l’accélération et l’alignement, on sollicitera davantage les épaules et on tentera à compenser avec des mouvements exagérés ou une tension musculaire trop forte. Les muscles sont évidemment importants car ils ont différentes fonctions anatomiques et physiologiques – certains stabilisent la colonne vertébrale et permettent une gamme de mouvements (les muscles squelettiques) d’autres font fonctionner nos organes internes (les muscles lisses et les muscles cardiaques). Ce sont les muscles squelettiques qui génèrent la force, ceux que nous pouvons volontairement activer et de développer. Dans les arts martiaux, ce n’est pas une grande masse, mais une musculature élastique et fonctionnelle qui est nécessaire, ce qui est bénéfique pour la stabilité, le transfert de puissance, la rapidité et la prévention des blessures. C’est une question d’équilibre.

Hikite

Comme une chaise à trois pieds n’est pas stable; une technique sans hikite (main tirée vers l’arrière) n’est pas complète. Pourquoi est-il si important? Essayez de frapper avec une seule main en laissant l’autre pendre à vos côtés. Comment vous sentez-vous? Bizarre – ça manque d’équilibre et de force. Par le sens inverse, Hikite active la rotation des hanches, ainsi il stabilise et de donne plus de force à la technique. Mais comment le faire correctement? Comme son nom l’indique, hikite est « tiré » vers l’arrière et non pas « tapé » sur le côté. Il est placé juste au-dessus de la ceinture à la hauteur des côtes flottantes. Détendez-vous et baissez les épaules. Fermez les aisselles et contractez les pectoraux. Ne crispez pas le poing. Faites appel aux muscles dorsaux et les triceps. Faites attention à ne pas le tirer trop loin en arrière ou trop haut – vous risquez de mettre une tension inutile sur les épaules et les endommager. En état de relâchement, Hikite doit rester bien en place avec l’avant-bras et le poignet détendus. Au moment de l’impact, la même quantité de force doit être employée pour utiliser les deux côtés du corps de manière égale. Non seulement il stabilise et renforce la technique de l’autre main, mais il protège aussi les côtes et certains points vitaux. Hikite n’est jamais inactive – il peut servir comme un coup de coude en arrière (Ushiro Hiji Ate) ou tout simplement prêt pour la prochaine attaque. Dans tous les cas, Hikite est important comme technique, mais dans un sens figuratif, il nous rappelle aussi de rester mentalement et physiquement centrés. Encore une fois, la clé, c’est l’équilibre.

C’est la théorie; mais que faire en pratique pour atteindre le Kime?

C’est si complexe qu’il est préférable de se concentrer sur un seul aspect à la fois. On ne peut pas tout améliorer en même temps. Pour perfectionner une compétence, il faut l’isoler et le cibler pendant une partie de l’entrainement. Vous pouvez même créer une sorte de « circuit training » et répéter le même exercice avec différents objectifs à chaque fois. Voici un exemple concret: faites un kata sans ses techniques, en se concentrant uniquement sur les positions pour la première fois. A la prochaine répétition, vous pouvez passer aux techniques; puis refaites-le comme un exercice de respiration accordant une attention particulière à alterner les souffles rapides, la rétention d’air et les expirations longues. Ensuite concentrez-vous sur la force et la stabilité en ralentissant et en restant plus longtemps dans chaque position. Insistez sur l’alignement correct et la contraction musculaire. En guise de Tanren exercice, un partenaire peut vous aider pour tester votre résistance. Pour travailler l’explosivité, découpez le kata et répétez uniquement certaines séquences. Pour améliorer la concentration et la synchronisation, demandez à un partenaire d’être le Tori et effectuer les attaques venant de la direction qui convient au kata. Avec deux ou trois partenaires dans les différentes directions ce Bunkai doit devenir fluide.

Avec une pratique régulière, à travers ces exercices tous les morceaux de notre puzzle vont se recoller: des techniques maîtrisées (force / Hikite), l’esprit en alerte (concentration), la réaction (timing / explosivité) et la respiration diaphragmatique optimale.

Rappelez-vous, le Kime est l’essence d’une pratique efficace – sans elle, il est comme un pot vide: belle forme mais aucune substance/contenu.

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